Politique monétaire européenne, deuxième round - Crédit Agricole des Savoie

Politique monétaire européenne, deuxième round

C'est la devinette préférée des financiers en ce moment : qu'est ce qui monte ou qui descend, selon que l'on se situe d'un côté ou de l'autre de l'océan Atlantique ? Réponse : les taux des banques centrales. Leurs patrons respectifs, Janet Yellen d'un côté, Mario Draghi de l'autre, ont l'un et l'autre fait du teasing sur les possibles évolutions de leur politique monétaire. Voilà qui est fait côté zone euro, et ce qui devrait être fait dans quelques jours à la Fed.




Les annonces de la Banque Centrale Européenne (BCE) convaincront-elles les agents économiques et financiers ?

Il y a toujours un risque à vouloir rassurer les inquiets en les assurant de son pouvoir de protection : celui de n'être pas à la hauteur des attentes. Ainsi, depuis des mois, alors que l'inflation reste dramatiquement faible, le patron de la Fed a distillé des propos, parfois très directs, pour affirmer que la BCE ferait ce qu'il faudrait pour relancer l'inflation. Tout le monde attendait des mesures d'assouplissement de la politique monétaire et jeudi 3 décembre, Mario Draghi a rempli son contrat.

Pourtant, rien ne dit que cela permettra de relancer durablement l'économie de la zone euro. Et cela pour plusieurs raisons : d'abord parce que la caractéristique des marchés est l'anticipation, ils ont donc intégré dans leurs scénarii une partie des mesures annoncées ; ensuite parce que la question de la marge de manœuvre restante se pose toujours : les mesures prises depuis un peu plus d'un an (baisse des taux de dépôts en territoire négatif en septembre 2014, puis injection de 60 milliards d'euros de liquidités chaque mois depuis mars dernier) n'ont pas eu les effets escomptés, mais chacun savait que la BCE en avait encore « sous le pied » ; or, désormais, une fois ces annonces faites, la BCE dispose-t-elle de nouveaux atouts cachés ? Les marchés se nourriraient presque d'amour et d'eau fraiche, à savoir ces nouvelles mesures mais aussi l'espoir d'en avoir d'autres. Or, l'action de la BCE est temporisée en interne (par l'Allemagne, les Pays Bas, la Lituanie, l'Estonie, la Slovénie) mais aussi à l'extérieur, par ceux qui s'opposent à une politique trop accommodante : selon eux, trop de liquidités ne fait qu'accroître considérablement le risque de bulles spéculatives, et nous ramène vers un nouveau précipice de crise financière.

A quoi serviront les mesures de la BCE ?

Le seul objectif affiché de la BCE est de ramener l'inflation vers le niveau de 2 %. Avec des taux de + 0,1 % en octobre et en novembre dernier, la zone euro est loin, bien loin du but ultime. Peut-être faut-il néanmoins relativiser : le niveau d'inflation est compressé par la faiblesse des prix du pétrole et si l'on enlevait du panier cette composante, l'inflation retrouverait des couleurs, 1 % sur l'année selon certains calculs. Si la BCE a beaucoup à attendre du côté de l'inflation, elle agit, sans officiellement le vouloir, sur le niveau de l'euro. Celui-ci se rapproche continûment de la parité (1,06 dollars pour un euro) ce qui est doublement bénéfique : le prix des produits à l'export baisse (surtout pour les pays dont les produits sont sensibles au prix comme la France ou les pays du Sud), ce qui accroît les volumes de ventes ; tandis que le prix des produits importés augmente : de fait, cela génère un peu plus d'inflation… ce que recherche la BCE.

Les liquidités injectées ne servent-elles à rien ?

On l'a dit, le premier effet positif est sur la valeur de l'euro. Par ailleurs, deux bonnes nouvelles sont venues rappeler cette semaine que le cycle économique peut se remettre en route s'il est réalimenté : d'une part la croissance du secteur manufacturier de la zone euro s'est accélérée en novembre, les taux d'expansion de la production et des nouvelles commandes atteignant leur plus haut niveau depuis environ un an et demi ; et d'autre part, le chômage a une nouvelle fois reculé en octobre dans la zone euro à 10,7 %, soit son plus bas niveau depuis janvier 2012. Si les entreprises produisent et recrutent davantage, cela devrait se traduire positivement sur la consommation et sur l'investissement. Autrement dit, le scénario idéal !

Sources : AFP - Le Figaro - Les Echos - Financial Times
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